Qui suis-je ? 

 L'écrivain écrit pour être aimé. Il est lu sans pouvoir l'être

 (Citation de Jules Renard)

Un Lorrain passionné et obstiné !

A ma naissance, un 2 décembre, mes parents habitaient à quelques pas de la Place Stanislas à Nancy. Sa construction était achevée depuis quatre décennies lorsque mon ancêtre, René Marin venu de l’Ouest de la France, a posé son sac dans la cité ducale en 1795. A l’époque, notre nom était orthographié « Renoul » ; il s’est alors mué en « Renaud ». Cependant, de par ma mère, je peux aussi revendiquer des origines Picardes, plus particulièrement du Soissonnais.

Depuis toujours, je suis passionné d'histoire contemporaine ou tout simplement par la vie des hommes et des femmes. C’est sans aucun doute mon père qui a aiguisé ma curiosité pour le passé, grâce à son amour des livres et à sa culture qu’il distillait généreusement lors de nos  multiples périples à travers la France. Quelle pédagogie et quel talent de narrateur il lui a fallu déployer pour intéresser le gamin turbulent que j’étais alors !

 A l’adolescence, deux journalistes ont aiguisé un peu plus mon intérêt pour l’histoire : Henri de Turenne dont j’ai suivi assidûment la série télévisée «  Les grandes batailles du passé » de 1973 à 1978, et Philippe Alfonsi que j’écoutais religieusement sur « Europe 1 » dans son émission «  Histoire d’un jour » dont l'originalité était de recréer, à l'aide de documents d'époque, l'atmosphère quotidienne d'une journée ayant marqué l'histoire.

J'ai écrit et publié de livres chez différents éditeurs. Tous ces ouvrages sont le fruit d'enquêtes patientes et méticuleuses au cours desquelles j'ai recherché puis interviewé de nombreux protagonistes. Durant près d'un quart de siècle, j'ai été amené à rencontrer des centaines de personnes, de l'ancien ministre au soldat de 2ème classe appelé durant la Guerre d'Algérie, du patron d'entreprise à l'ouvrier. Tous m'ont confié leurs souvenirs, ceux de la mémoire parfois complétés par des notes, documents et photos. Au fils des ans, j'ai acquis un savoir-faire, tant dans l'écriture, la manière de construire un livre, de rédiger un article, que dans la conduite d'une interview durant laquelle il faut susciter les souvenirs, explorer la mémoire.

L'origine d'une vocation

     Dès l'adolescence, j'ai commencé à fouiner dans les archives, communales ou départementales, à la recherche de mes racines. Pour compléter et adoucir la froideur des actes administratifs relevés dans les registres poussiéreux, j'ai décidé de collecter les témoignages des membres de ma famille, notamment les plus anciens. Je les ai assaillis de questions auxquelles ils ont répondu avec un plaisir non dissimulé. Je me souviens avoir rencontré des camarades de captivité mon grand-père - que je n'ai pas connu -, prisonnier en Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale. Je buvais littéralement leurs paroles car ils me faisaient découvrir mon aïeul et me transmettaient un témoignage précieux sur une époque tourmentée, marquée par l'histoire. Il en fut de même pour mon père, Verrier dans la célèbre Cristallerie Daum à Nancy, décédé au seuil de sa retraite. Quelques années après sa disparition, je suis parti à sa recherche en allant rendre visite à ses collègues de travail, en les questionnant. De fil en aiguille, les témoignages et documents se sont accumulés et ont fini par donner naissance à un livre sur l'histoire de la manufacture paru sous le titre « Daum - Du verre et des hommes - 1875/1986 » en 2009. Une nouvelle édition, encore plus complète et différente, est paru en septembre 2012 sous le titre « Daum - l'Ame des verriers ».

Mais, au départ de toute cette aventure littéraire, il y a une photo qui trônait sur un meuble-vitrine de la salle à manger de mes parents. C'était celle d'un jeune garçon, habillé en militaire, dont je ne savais pratiquement rien, sinon qu'il était mon oncle et qu'il avait été tué durant la Guerre d'Algérie. Personne dans la famille n'en parlait, non pas par désintérêt, mais par pudeur et parce que la blessure ne pouvait se cicatriser. Ce silence pesant ne fit qu'attiser ma curiosité. Je suis parti à la recherche de ce parent mystérieux. J'ai alors retrouvé ses camarades, ses officiers, des photos, des documents. Je me suis tellement pris au jeu que j'ai été amené à écrire un premier livre sur la Guerre d'Algérie sorti en 1987 ; ce fut le premier d'une série.

Ma curiosité naturelle, le fruit de mes recherches, m'ont rapidement fait prendre conscience que les souvenirs de chacun constituaient un patrimoine inestimable. Il fallait absolument les soustraire à l'oubli et à l'indifférence avant qu'ils ne soient emportés vers l'au-delà. Puis, l'appétit venant, j'ai poursuivi la même démarche pour explorer l'histoire contemporaine et partager le fruit de toutes mes recherches

 La magie du contact

     La plupart de mes ouvrages ont été salués par la critique, et certains ont été récompensés : Prix Erckmann-Chatrian – Bourse histoire en 2014 ; Prix Raymond Poincaré en 2003 ; Prix Bergé de la Société de Géographie Humaine de Paris en 1994 (parmi les lauréats de ce prix l'on peut citer Savorgnan de Brazza en 1883, Paul Leroy-Beaulieu, le Maréchal Lyautey,  Roger Frison-Roche) ; Prix d'Histoire de l'Académie Nationale des Arts et des Lettres de Bordeaux en 1993. Plusieurs de mes livres ont été « nominés » pour d'autres prix non moins prestigieux.

Le temps venu de faire connaître un ouvrage, les conférences, les actions de presse, les dédicaces me donnent un nouveau plaisir, celui du partage avec mes lecteurs. Je rencontre souvent des contributeurs qui m’ont transmis des écrits familiaux auxquels ils tiennent. S’ouvre alors la magie du contact, et avec elle des instants parfois d’intense émotion. Autant que la reconnaissance témoignée par quatre prix littéraires, ces échanges privilégiés me touchent profondément et m’invitent à continuer.

 

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